Ethical tech guy

Voici ici un premier article pour mon blog dans le Club de Mediapart, axé sur la politique et ses manipulations. Le style change pas mal, mettant en avant l’écriture journalistique remplit de neutralité sur la forme mais qui sait être parti pris sur le fond. Vous pouvez le retrouver sur Mediapart, ou directement ci-dessous.


À Paris, des membres de l’association Reporters Sans Frontières ont fait le déplacement pour dénoncer les menaces à la liberté d’expression et celle de la presse en Chine au moyen de camions publicitaires arborants un bras d’honneur truqué du président chinois.

C’est dans un contexte économique crucial que Reporters Sans Frontières a souhaité frapper fort ce matin. À l’aube d’un accord entre la France et la Chine se chiffrant à 15 milliards d’euros en faveur de l’Hexagone, des véhicules publicitaires ont fait route vers le centre de Paris pour sensibiliser aux pratiques décriées quant à la liberté de la presse en Chine.

Il s’agit du dispositif impressionnant mis en place par le président français à l’honneur de son homologue chinois qui a vraisemblablement motivé l’association pour son action coup de poing. Au programme : cortège considérable, grande cérémonie à l’Hôtel national des Invalides. L’enjeu est de taille, plusieurs dizaines de milliards d’euros de contrats entre les deux pays sont sur la table.

Aucun dérapage n’est permis, et la rigueur s’est ressentie cette après-midi dans la capitale. Une somme de coïncidences inouïes peut faire penser à une grotesque manipulation de la part de l’État français pour arriver à ses fins.

Le premier fait marquant réside lors du départ des Invalides de François Hollande et de son homologue chinois. Ce dernier se dirige d’abord vers le véhicule pour s’assoir sur le siège arrière gauche. Puis, juste avant de fléchir, celui-ci est rappelé par le président français averti lui-même du non-respect du protocole, il devait s’asseoir à droite. Ce fait peu dérangeant aurait pu rester ainsi, si la cause n’était pas un but purement hypocrite consistant manifestement à retirer de la vue de Xi Jinping une sculpture gigantesque symbolisant un poing sur le trajet. Réalisée par un opposant au régime Chinois, le poing, tourné vers le bas, s’oppose au symbole révolutionnaire […] et représente peut-être la fin d’une époque.

La fourberie aurait pu s’arrêter là si l’association défenseur de la liberté de la presse, RSF, n’était pas intervenu. C’est au moyen de camions publicitaires que l’organisation a diffusé un photo-montage montrant le président Chinois en train de faire un bras d’honneur à la presse internationale. Le but ultime était d’arriver sur le chemin qu’allait emprunter les deux diplomates pour faire une opération « coup de poing », mais les camions n’ont même pas pu entrer dans le centre de Paris.

Tous les véhicules, exceptés un, ont été mis à l’arrêt, et emmenés avec leurs passagers dans le commissariat annexe du 18ème arrondissement, très à l’écart des deux présidents. La raison juridique invoquée a été celle du contrôle d’identité classique, procédure tout à fait légale, qui a tout de même perduré pendant environ deux heures et demi pour une quinzaine de personnes.

Selon Le Petit Journal, le dernier camion publicitaire de l’opération a été stoppé quelques temps après, par les forces de l’ordre, en plein centre de Paris.

Sources : Mediapart, le Nouvel Observateur et les deux reportages du Petit Journal (1 & 2).